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Ci-dessus un extrait d'une page de "Air France Magazine" de décembre 2017. Cette publicité me laisse perplexe...
Elle suppose d'abord que les passagers de l'avion où l'on trouve ce magazine comprennent les sigles français comme GR5 ou D39, ce qui potentiellement exclut les étrangers susceptibles de voyager avec la compagnie aérienne. Ce francocentrisme implique ainsi que l'A4 est l'Autoroute de l'est en France, et pas celle désignée par le même sigle en Italie, par exemple.
Ensuite, même parmi les voyageurs français, l'efficacité de la publicité dépend de leur connaissance du sigle "GR" (itinéraire de "Grande Randonnée" balisé par la Fédération Française de Randonnée Pédestre) et des numéros attribués à trois "GR" fameux parmi les randonneurs: le n°20 qui traverse la Corse, le n°10 qui suit le piémont français des Pyrénées de l'Atlantique à la Méditerranée et le n°5 dont il n'est pas sûr que même les amateurs de marche sachent qu'il va de la Mer du Nord aux Pays-Bas jusqu'à la Méditerranée à Nice... S'il l'est, il est probablement reconnu dans sa version alpine "courte", du lac Léman jusqu'à la mer.
Mais, outre son caractère éventuellement obscur pour nombre de lecteurs, cette réclame pour une voiture exprime quelque chose de tendancieux. La construction de la première phrase oppose les itinéraires pédestres (GR) aux infrastructures routières (A4, N7, D39) où l'on peut "se régaler", ce qui implique symétriquement que ce n'est pas le cas avec la randonnée qui, loin d'être une réjouissance, serait alors une corvée. Cela est renforcé par la deuxième phrase, qui signifie l'impatience d'en finir avec la marche et le soulagement d'y être parvenu: "vivement la route"!
Pour les publicitaires et leur client, on peut donc encore vendre une voiture aujourd'hui en promettant de mettre fin à l'enfer que vivent les randonneurs... Je trouve cela assez drôle, car quand on lit leurs forums ou leurs blogs et quand on écoute leurs discussions, on peut entendre exactement le contraire: la route semble repoussante, la conduite apparaît comme une servitude et la voiture est devenue un boulet, dont la marche libère en donnant accès à des sensations et des paysages dont on se régale...
Cette publicité prend ainsi le contrepied de celles qui promeuvent au contraire l'automobile comme le meilleur moyen d'accès à la récompense qu'est la marche (ou le vélo, ou le surf, etc.) dans un environnement plaisant. Il est révélateur à cet égard que la voiture soit ici photographiée hors de tout environnement, comme un but qui se suffit à lui-même et non comme une instrument convivial.
Ceci dit, je ne connais rien de mieux pour partir ou revenir de rando que le train, qui m'offre le régal de la lecture ou de la sieste en me libérant de la corvée de conduire.

Bonne nouvelle année bipédographique à tou(te)s!