En y réfléchissant, maintenant que je suis moins dans le tumulte des émotions de marche et davantage dans leur expression, je peux dire que je suis content de l'avoir fait, heureux de m'être enrichi de tout ce que j'ai appris, satisfait d'avoir fait les bons choix d'équipement, soulagé d'avoir surmonté les difficultés techniques, psychologiques et physiques que j'ai rencontrées, ravi d'avoir retrouvé mes proches aux rendez-vous, encore émerveillé des moments forts et des rencontres, etc.
Est-ce que tout cela peut être synthétisé dans la fierté? Peut-être, si l'on parle de "satisfaction d'amour-propre fondée". Mais celle-ci ne peut alors être "fondée" que sur l'auto-satisfaction d'avoir accompli quelque chose que je souhaitais accomplir... J'admets que cette auto-satisfaction est importante, et j'ai peur de saouler mon entourage avec le trop-plein d'émotions que j'essaye d'exprimer à ce sujet. Mais j'espère ne pas souffrir (et ne pas faire endurer aux autres) du "défaut d'une personne qui affiche une supériorité illusoire" (même référence au CNRTL), car mon projet, clopin-clopant, cahin-caha, avec ses hauts et ses bas, ses aspects grandioses comme ses moments médiocres n'a jamais été motivé par l'épate, au contraire! Voilà pourquoi je n'endosse pas complètement l'idée d'être "fier", car je ne souhaite pas afficher une conviction qui ne serait fondée que sur l'application forcée aux autres de la règle qu'on s'est imposé à soi-même.
Alors que certains pourront être fiers d'avoir suivi le PCT pas à pas sans jamais sortir de l'itinéraire tracé par l'association qui en a la charge, d'autres auront la fierté d'être passés par toutes les sections du chemin sans qu'il importe que ce soit dans le désordre. D'autres encore seront fiers d'aller lentement pour profiter des jours, des paysages et des rencontres, tandis que certains seront davantage fiers d'être allés aussi vite qu'ils pouvaient, etc. Je pourrai ainsi multiplier les différentes manières d'avoir accompli ce que l'on voulait accomplir et d'en éprouver de la fierté. Mais si je minimisais ce que d'autres ont fait ou pas fait pour en tirer la conviction de ma supériorité, je n'aurai plus de quoi être fier!