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US/Canada border
Stop Ahead
Une fois n'est pas coutume, j'apparais sur les photos, grâce à ma compagne à qui j'ai trouvé un "trail name": Lady Berry. La profusion des baies a entraîné la multiplication des micro-pauses savoureuses...
Des le départ de Mazama, j'ai commencé à tout voir au prisme de la fin de cette longue marche, en faisant le compte à rebours des jours: -4, -3, -2, -1...
Heureusement, le parcours était exceptionnellement beau en empruntant des crêtes qui permettaient d'apprécier les paysages à 360 degrés, tout en changeant souvent de vallée et donc de point de vue. Le beau temps frais rendait l'horizon limpide et le cheminement facile. Pour les deux ultimes campements, nous avons choisi de porter l'eau nécessaire pour nous installer en hauteur, au dessus de la limite de la forêt, pour profiter ainsi des couchers de soleil, de la vue et de moins de mouches et moustiques. Le dernier jour a été "interminable" avec plusieurs fois la sensation d'être arrivé "au bout" et des émotions fortes dans des endroits en fait pas très beaux: à 12h45, nous étions arrivés à la borne-frontière USA/Canada, 13km et 3h30 plus tard le sentier pédestre a débouché sur une petite route dans un endroit sans caractère, un kilomètre plus loin la "dernière fin" fut une banale intersection routière... Mais tout cela importait peu au regard de tout ce que je ressentais.
Pendant ces derniers jours, j'ai éprouvé des émotions mêlées, complexes voire contradictoires. La joie d'avoir retrouvé ma compagne et d'avoir partagé la fin de la marche avec elle; la lassitude et l'envie que cela se termine au plus vite; une impatience liée à l'exaltation du proche achèvement; la mélancolie en ressentant que c'était (déjà) fini; un peu d'angoisse à l'idée de revenir à Paris, mélangée à l'envie de rentrer "chez moi"; l'inquiétude de devoir bientôt répondre mille fois à la question "alors, comment c'était?"; le sentiment de plénitude et d'accomplissement... Et par dessus tout, un bonheur et un gratitude infinis, envers mon corps qui m'a permis de traverser à pied un continent, envers mes proches, ma famille et mes amis dont l'existence a été une ressource vitale dans laquelle j'ai puisé sans cesse, envers toutes les personnes qui m'ont aidé concrètement le long du chemin, envers la vie qui m'offre toutes ces richesses!

Pour terminer sur une note humoristique qui fera la transition avec les prochains billets de ce blog: je me sens comme un serpent qui a avalé quelque chose de beaucoup plus gros que lui, engourdi par une digestion qui va prendre des mois, voire des années!
Le serpent qui digere

A bientôt!