Le High Desert Museum est situé à 8 miles au sud de Bend au milieu de la forêt. Comme souvent dans ce pays, si vous n'êtes pas motorisés, laissez tomber.
Mais là n'est pas la question!

Comme son nom l'indique, ce musée se présente comme dédié au High Desert, une grande étendue aride froide qui couvre plus de six états, entre les Cascades à l'ouest et les Rocheuses à l'est:
Carte du High Desert et localisation du musée
Il faut noter la localisation du musée sur cette carte, le petit point rouge au centre géométrique de l'Oregon, sur la bordure occidentale de l'aire concernée.

Le High Desert, comme région bioclimatique et unité écologique, n'est en fait l'objet principal que de l'aile centrale du musée, où se trouvent les vitrines et panneaux concernant certains animaux qui y vivent: serpents, lézards, araignées (dont une magnifique "tarentule mexicaine", rouge et noire, grande comme ma main!); dans cette section, je suis resté scotché devant la vidéo qui montrait l'extraordinaire parade nuptiale et les combats de mâles d'une espèce de Grand Tétras (Greater-Sage Grouse) dans la steppe.

Cette aile donnait accès à la section extérieure, un parc où l'on trouvait d'une part deux aménagements centrés sur les loutres et sur les rapaces, d'autre part deux présentations concernant la forêt, avec un pavillon avec des panneaux explicatifs sur les principales espèces de pins (notamment le Ponderosa et le Lodgepine qui sont ceux qui dominent autour du PCT) et sur les cycles associés aux incendies, et un écomusée avec des humains en costume donnant des explications sur les différents aspects de la vie quotidienne dans une exploitation forestière du début du 20e siècle:
Reconstitution d'une exploitation forestière du début du 20e siècle

C'est aussi à l'extérieur qu'un panneau m'a appris qu'entre 1895 et 1905, les éleveurs de bovins ont déclaré la guerre aux moutons et ont payé des cowboys pour massacrer des milliers de moutons (et quelques bergers): ce fut la "Sheepshooters' War"!

Mais ce qui m'a le plus fasciné dans ce musée n'a rien à voir avec le High Desert ni la forêt et se trouve dans les ailes gauche et droite.
A gauche en entrant, on peut visiter une section consacrée aux peuples autochtones du plateau de la rivière Columbia:
groupes autochtones du bassin de la Columbia
Ces groupes, dont le plus connu est celui des Nez-Percé, avaient en commun une économie nomade centrée sur le cycle du saumon, qu'ils commercialisaient en particulier avec les groupes des Grandes Plaines de l'autre côté des Rocheuses, avec lesquels ils partageaient aussi un certain nombre de traits culturels.
Bonnets en fibres tressées

Ces braves gens, qui tressaient des paniers et des bonnets magnifiques (en particulier avec de la Beargrass), ont été martyrisés par l'armée des Etats-Unis, ont subi des politiques indiennes successives pleines de contradiction mais ont fait preuve d'une résistance culturelle remarquable qui leur permet d'avoir quelques artistes vivantes exposées aujourd'hui au musée.

De l'autre côté de l'entrée du musée, vers la droite, on trouve une section qui montre la colonisation de la région par d'autres braves gens humbles qui ont montré un véritable esprit d'entreprise et qui ont réussi à faire de "nowhere" un "somewhere", avec reconstitution sympathique de petites échoppes de boutiquiers et d'artisans dans un décor de ville du Far West.
Un petit panneau mentionne l'existence d'une sous-culture "Buckaroo", mot dérivé de "Vaquero" (vacher en espagnol, c'est à dire... cowboy), qui impliquait un type de monte, une façon de s'habiller et certaines autres coutumes venues du sud; comme si tous les piliers de la culture "cowboy" n'en venaient pas, à commencer par le ranch(o), le lasso et le rodéo!

Mais le plus important, c'est que les braves pionniers n'ont jamais rencontré les braves amérindiens: tout se passe comme si les deux histoires pouvaient être racontées en parallèle dans deux ailes du bâtiment qui, muséographiquement parlant, ne communiquent pas entre elles... Une drôle de ségrégation pour assurer la paix dans le ménage national états-unien?

Pour conclure en restant dans l'état d'esprit de cette bipédographie du High Desert Museum: j'ai beaucoup regretté de n'avoir aucune indication sur l'écologie du moustique des alentours de Crater Lake, afin de comprendre comment il avait réussi à éliminer toute autre forme de vie à l'exception des pins!