En Californie, j'ai eu souvent l'occasion de faire de l'auto-stop, et ainsi de discuter avec une variété de personnes dont certaines que je n'ai pas l'occasion de rencontrer autrement : informaticienne, militaire d'active, commerçant, policier retraité, lycéen, etc. Pour cette raison, ces rencontres, même brèves et superficielles, sont très intéressantes et stimulantes.
Mais cela est vrai ici comme ailleurs. En revanche, quelque chose de nouveau m'a frappé : beaucoup de gens m'ont parlé politique !

Pour expliquer ma surprise, je dois remonter à mon premier voyage aux Etats-Unis, en 1984. J'ai fait alors l'aller-retour Montréal-New York en auto-stop et j'ai l'occasion de discuter avec plusieurs conducteurs. C'était la première année du mandat de Reagan, et comme cela me passionnait, je demandais à chacun ce qu'il ou elle en pensait. Ils étaient souvent embêtés pour me répondre, et disaient plutôt que cela ne les concernait pas, et par ailleurs ils ignoraient tout de ce qui se passait en France. Je me souviens en particulier d'avoir sympathisé et plaisanté avec un jeune homme de mon âge, qui m'avait désarçonné en affirmant que la politique, il n'en avait rien à faire!

Et me voilà, 33 ans plus tard, dans le même pays, avec des comportements inversés : alors que je faisais soigneusement attention à ne pas aborder le sujet Trump et les questions de politique, ce sont les gens avec qui je discutais qui ont mis le sujet sur le tapis. Ils m'ont interrogé sur la situation politique en France (!), m'ont demandé mon opinion sur Macron (!!), et la plupart d'entre eux ont pris soin de me féliciter de la défaite de Le Pen (!!!), en insistant fortement sur le fait qu'ils avaient honte de l'élection de Trump et que ce dernier ne représentait ni eux ni l'Amérique.

Cela m'a ouvert des abîmes de réflexion sur ce qu'il s'était passé pendant toutes ces décennies pour politiser à ce point des gens qui exposaient ainsi leur opinion à un inconnu, étranger de surcroît (mais peut-être est-ce plus facile?). Souvent mes interlocuteurs affirmaient que l'Amérique n'était pas aussi égocentrique, ignorante et agressive que son président la faisait paraître, et cela m'a donné l'occasion d'évoquer toutes les démonstrations de générosité, d'hospitalité, d'ouverture et de sensibilité dont avait fait preuve l'Amérique que j'étais en train de traverser. Cette Amérique incarnée aussi par l'une de ces personnes hospitalières et curieuses, qui m'a confié soutenir Trump et être convaincu que celui-ci allait arranger les choses (« fix all this »)... Quand je vous parlais d'abîmes de réflexion !

Est-ce le pays qui a évolué dans son rapport à la politique dans les trois dernières décennies ? Est-ce dû à une différence entre la côte est et la côte ouest ? Est-ce l'auto-stoppeur lui-même qui a changé, ainsi que sa façon de discuter ? Peut-être un peu de tout cela et d'autres choses, mais dans quelles proportions ?

En tout cas, nul doute que l'expérience renouvelle et enrichit mon rapport déjà passionné aux États-Unis !