Huevos a la Mexicana, Dunsmuir

Le 60e jour, à Dunsmuir: il est midi et je suis attablé devant une copieuse assiette de Huevos a la Mexicana, de moelleuses tortillas de maïs faites main et un grand verre d'agua de sandia.
Ce matin, j'ai déjà proprement avalé 20 miles du PCT entre 5h et 11h20. J'ai commencé par une montée progressive de 9 miles dans la forêt, traversée par les rayons rasants du soleil levant. Arrivé à un col vers 8h30, j'ai redécouvert le Mt Shasta sous un nouvel angle. Après une heure de sentier en balcon avec vue sur les pics déchiquetés de Castle Craggs, j'ai plongé dans la forêt vers la Sacramento River à 660 mètres d'altitude, pour une descente de 8 miles où j'ai pu trottiner un peu.
A peine avais-je posé mon sac à l'entrée de la bretelle de l'autoroute I-5 à Castle Craggs, que je devais lever le pouce et la première voiture s'arrêtait pour m'emmener à Dunsmuir, à moins de 6 miles. Le conducteur m'ayant informé qu'il y avait un bon resto mexicain non loin de la bibliothèque, je lui ai demandé de m'y déposer.
Pendant que je savoure mon déjeuner, ce conducteur réapparaît soudain et me dit qu'après en avoir parlé avec sa femme, ils souhaitent m'inviter chez eux! Surpris mais évidemment ravi de cette marque d'hospitalité, je lui explique que je suis descendu en ville pour me ravitailler pour les trois prochains jours et actualiser mon blog à la bibliothèque avant de retourner en stop au camping de Castle Craggs, car je veux démarrer très tôt le lendemain matin pour remonter sur les crêtes avant qu'il fasse trop chaud. Il propose de discuter autour d'un verre, accepte que je prenne d'abord une douche chez eux, et nous convenons donc qu'il passera me prendre à la bibliothèque une fois que j'ai fini ce que je venais faire à Dunsmuir. C'est ainsi que j'ai fait connaissance avec Stan et sa femme Annique.
Sous la pergola construite par Stan, dans leur très charmant jardin qui m'a fait penser à celui de mes parents, nous avons eu une sorte de délicieuse tertulia à l'espagnole, discutant non seulement du PCT sur lequel ils avaient plein de questions à me poser, mais aussi de l'hospitalité, de la gratitude pour les bonnes choses de la vie, des proches, ou de la perte des êtres chers. Stan m'a confié qu'il n'avait pas l'habitude de prendre des auto-stoppeurs, et j'ai senti qu'ils n'avaient pas plus l'habitude d'avoir chez eux un étranger (dans tous les sens du terme), ce qui m'a rendu d'autant plus appréciable leur intérêt à mon égard et les efforts qu'ils ont fait pour me comprendre.
Ce fut l'un de ces moments rares et précieux où l'on arrive à communiquer entre personnes très différentes...
Le jardin de Stan et Annique, Dunsmuir