Je ne le savais pas encore, mais le samedi passe allait etre le dernier ou j'allais camper dans la neige, du moins a la date ou j'ecris.
J'avais donc passe la journee typique a progresser lentement, tant a cause des appuis incertains que des innombrables pauses pour assurer ma navigation.
Apres douze d'efforts, vers 17h30, j'ai apercu un endroit un peu deneige au bord d'un ruisseau, sur le cote d'une clairiere expose de telle sorte que le soleil allait y donner encore deux heures; l'endroit parfait pour me poser et faire secher mes affaires...
Une heure plus tard, une jeune biche a traverse la clairiere et s'est dirigee vers le ruisseau, sans s'apercevoir de ma presence toute proche; le mouvement que j'ai fait pour prendre mon appareil photo l'a alertee et elle s'est enfui. Mais quelques plus tard, un bruit de branchage me l'a signalee de nouveau, plus proche encore, avant qu'elle ne s'enfuit encore. Ce manege s'est repete toute la soiree, s'approchant toujour plus et s'enfuyant des que je faisais un mouvement. Pendant la nuit, elle m'a reveille plusieurs fois en fourrageant tout pres de ma tete, au point qu'a un moment elle a bute dans ma popote... Je suppose que mon chouette campement etait aussi son coin de paturage favori, dans un paysage enneige ou l'herbe est encore rare...

Au ballet de cette jeune soliste s'est ajoute le choeur des grenouilles de la clairiere qui chantaient crescendo leur canon en rythme avant de s'arreter, puis de reprendre.

Soudain, au milieu de cette ambiance paisible, vers 20h30 et alors que je m'appretais a me glisser dans mon duvet, j'ai entendu une musique tonitruante, avant meme d'entendre le bruit assourdissant de moteurs rugissants. J'ai eu du mal a comprendre ce qui se passait avant de voir deboucher dans ma clairiere deux de ces vehicules tout-terrain avec d'enormes roues au sommet desquelles ils semblent tout petits (voir un exemple externe). Pour rouler dans cette hauteur de neige, les conducteurs devaient pousser les moteurs a fond; pour entendre leur musique, il fallait qu'elle soit a plein tube; pour se parler par dessus tout cela, il fallait que les occupants hurlent.
Le conducteur du premier vehicule m'a apercu et s'est dirige vers moi. De l'autre cote du ruisseau, il m'a interpelle pour me demander ce que je faisais la; quand j'ai repondu que je faisais le PCT, il m'a propose (tout cela en hurlant par dessus la musique et les moteurs) une biere. Il a elegamment ajoute qu'il ne me proposait pas une fille, vu qu'il n'en avait que deux pour cinq gars... Cela a paru drole aux interessees!
Nous nous sommes mutuellement souhaites de nous amuser (Have fun!) et ils sont repartis, me laissant mediter d'abord sur le mauvais tour qu'aurait pu prendre la situation si leur conception alcoolisee de l'amusement avait implique de le faire a mes depens, ensuite sur les limites du droit a chacun de s'amuser quand il s'agit de ruiner l'environnement des autres.... Ils sont repasses quatre heures plus tard sans s'arreter; je suppose qu'ils avaient eu leur dose d'amusement monstrueux.

J'ai ete plus tranquille le reste de la nuit, une fois qu'ont pu reprendre l'agitation de ma biche et les repons des grenouilles .