Le premier jour a commencé par la marche où il suffit de mettre un pied devant l'autre, sur un sentier qui permet de garder le même (bon) rythme et de ne pas (trop) se préoccuper ni de l'endroit où on met les pieds, ni de l'orientation. Pour éviter la neige au maximum, j'avais choisi un sentier sur une longue crête exposée au sud (Moraine Ridge) qui permettait de rejoindre facilement le PCT à Wilma Lake, dans le Jack Main Canyon.
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Les choses se sont compliquées quand il a fallu descendre de cette crête jusqu'au fond du canyon, en face nord: le chemin est devenu le lit d'un torrent débordant dans lequel j'ai dû avancer avec de l'eau glaciale jusqu'à mi-mollet:
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Une fois au fond, j'ai découvert que toute la vallée était inondée et que je devais progresser avec l'eau a mi-cuisse!
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Après une heure de ce régime, j'ai décidé de m'arrêter au sec tant qu'il y avait encore du soleil pour me réchauffer et sécher au moins en partie mes chaussures (dans lesquelles je marchais sans chaussettes, pour garder celles-ci au sec).

Le jour suivant m'a paru le plus difficile de toute ma carrière de randonneur. Pendant les quatre premières heures, j'ai parcouru deux kilomètres: ne pouvant plus marcher au fond du canyon où le niveau de l'eau dépassait ma ceinture, j'ai fait de l'escalade (type "scrambling") dans les parois latérales, où le pire était de traverser les zones encombrées par de petits buissons très denses où je n'arrivais pas à avancer et qui me déséquilibraient dans des pentes raides... Tout cela en faisant de plusieurs tentatives avant de trouver les voies de sortie et de descente de chaque verrou rocheux!
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J'ai enfin atteint le niveau de la neige, où j'ai marché pendant les huit heures suivantes en faisant péniblement une quinzaine de kilomètres. Quand je devais traverser les grands champs de neige exposés au soleil, il fallait avancer délicatement sur les arrêtes des "suncups":
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Quand je devais marcher sous les arbres, il fallait alors monter, descendre et/ou contourner sans cesse les innombrables congères qui se déployaient entre eux:
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Ma récompense, ce jour-là, a été mon installation pour dormir, à la belle étoile, sur une large roche plate exposée au soleil au milieu d'un col enneigé mais très ouvert: Dorothy Lake Pass. Épuisé, je m'y suis installé deux heures avant le coucher du soleil; mes affaires ont pu sécher, j'ai pu me détendre, et la roche a rayonné la chaleur du jour pendant toute la nuit. J'ai donc passé un très beau et bon moment sur mon île, du crépuscule à l'aurore...
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Le jour suivant, je me suis néanmoins senti fatigué toute la journée, alors qu'aux difficultés physiques de la progression s'ajoutaient des défis de navigation dans une topographie extrêmement confuse, où j'ai perdu beaucoup de temps à retrouver par où je devais passer pour ne pas me retrouver dans la mauvaise vallée. En outre, quelques pentes très raides ont requis toute mon attention et ma technique autour du Levitt Peak...

Après trois jours seulement, je suis donc arrivé à Sonora Pass avec le sentiment d'être épuisé physiquement et moralement, et j'ai estimé que je ne serais pas capable de poursuivre ainsi pendant quatre autres jours ni arriver à temps au rendez-vous avec mes amis à South Lake Tahoe!