Le rythme du pas, qui est spontanément tres régulier, s'entrelace avec le rythme fou des millions de pensées qui voletent autour de moi, comme des flashes ou apparaissent des bribes de chansons, une incroyable quantité de visages connus dont certains oubliés depuis plus de trente ans, des bouts de réflexions qui n'aboutissent a rien. De temps en temps, je commence a structurer davantage une pensee, un projet de billet pour le blog, comme celui-ci.

A la spontanéité du pas j'ajoute une régularité stratégique, car je sais que je dois gérer l'effort de la maniere la plus économique. Le chemin s'y prete bien, etant lui-meme extrordinairement facile et regulier, par comparaison avec d'autres chemins que j'ai parcouru.

J'ai aussi planifié, toujours dans ma stratégie de gestion de l'effort, de faire une pause snack toutes les deux heures (10-15 minutes): reposer régulierement le corps, lui fournir du combustible, une lecon apprise dans la course d'ultrafond. Mais la tactique s'en mele: ajuster le moment de la pause aux circonstances; il s'agit de profiter de l'arrivée a un col et découvrir un nouveau paysage, ce qui est rare! Ou bien attendre de trouver de l'ombre et/ou un point d'eau dans les parties terriblement arides et chaudes, comme celles que je traverse ces jours-ci. Et parfois la spontaneite revient, quand il s'agit de sauter sur l'occasion d'un Trail Goodie ou (beaucoup plus rare a ce jour) se jeter dans une riviere ou dans un lac comme nous avons pu le faire deux fois (Deep Creek Canyon puis un grand lac de barrage dont j'ai oublié le nom maintenant) avec Phil pendant les deux jours de chaleur infernale dont nous avons souffert en sortant des San Gorgonio Mountains.

Au bout de six heures de marche, c'est la pause-déjeuner planifiée qui coupe la journée en deux. Sa durée est tactique: 30 minutes quand je suis en forme et l'endroit n'invite pas a rester, 45 voire 60 ou meme 75 minutes si les circonstances s'y pretent (une sieste non programmée, l'ombre d'un pont a coté d'un point d'eau, isolés entre deux sections de 25 kilometres sans eau ni ombre, un jour de grande chaleur...).

En fin d'apres-midi, c'est le moment planifié de trouver le point de campement qu'il faut absolument atteindre pour trouver de l'eau, ou de chercher un endroit agréable quand il y a le choix: avec de l'eau (au minimum pour boire et la cuisine, au mieux pour faire une toilette de chat, de luxe quand l'eau est assez abondante pour se laver et nettoyer les habits...). Le coucher et le lever sont les moments des rythmes tellement ritualisés qu'ils en deviennent spontanés mais extremement routiniers: monter le camp, faire le diner, faire les soins (priorité aux pieds!), s'installer pour dormer, se lever, faire le petit déjeuner, démonter le camp...

A ces rythmes, s'ajoute celui du ravitaillement, tous les quatre, cinq ou sept jours, il s'agit de redescendre de la montagne pour entreprendre une autre série de routines presque rituelles: manger, trouver ou se loger, se doucher, laver les habits, faire les achats pour la section suivante et chercher un ordi connecté a Internet (aujourd'hui, a Tehachapi, c'est a la bibliotheque publiaue du Comté de Kern, qui ferme dans 3 minutes, alors ce post ne sera ni relu ni corrigé....)

Tout ca est épuisant...